Franchement, la première fois que j’ai entendu parler du rapport interdécile, j’ai cru à un terme de statisticien un peu trop content de lui. D9/D1, déciles, tout ça… ça sentait le cours d’éco soporifique. Puis j’ai commencé à creuser, parce que je voulais comprendre pourquoi mon salaire me semblait si loin de celui du voisin.

La réalité, c’est que ce petit ratio est l’un des outils les plus parlants pour parler d’inégalités. Pas parfait, loin de là. Mais il a un mérite énorme : il rend l’abstrait concret. Et après des années à le traîner dans mes analyses, je peux vous dire qu’il mérite qu’on s’y attarde. Pas pour en faire un dogme, mais pour comprendre ce qu’il raconte vraiment.

Points clés à retenir

  • Le rapport interdécile (D9/D1) compare le seuil des 10% les plus riches à celui des 10% les plus pauvres.
  • Il se calcule sur une distribution ordonnée de salaires, revenus ou niveaux de vie.
  • Un rapport de 3 signifie que D9 est trois fois plus élevé que D1.
  • Il a ses limites : il ignore les extrêmes et les changements au milieu de la distribution.
  • En France, le rapport interdécile a baissé jusqu’en 2000, puis est reparti à la hausse.

Qu’est-ce que le rapport interdécile ? Une définition qui tient en une phrase… ou presque

Bon, allons à l’essentiel. Le rapport interdécile mesure l’écart entre le revenu (ou le niveau de vie) des 10% les plus aisés et celui des 10% les plus modestes. Concrètement, on prend le neuvième décile (D9) — le seuil en dessous duquel se situent 90% des gens — et on le divise par le premier décile (D1) — le seuil en dessous duquel se situent 10% des gens. Résultat : un ratio. Si D9 = 5 000€ et D1 = 1 000€, le rapport est de 5.

Simple, non ? Trop simple, diront certains. Et ils n’auront pas tort. Mais j’y reviens.

Ce chiffre, je l’ai utilisé des dizaines de fois. Pour analyser des données de salaires dans mon entreprise, pour comprendre l’évolution des inégalités en France, même pour un projet perso sur les écarts de loyer à Paris. À chaque fois, il m’a donné un ordre de grandeur. Pas la vérité absolue. Mais un point de départ solide.

Comment calculer le rapport interdécile D9/D1 ?

Vous voulez le calcul ? C’est mécanique. Mais il faut suivre les étapes, sinon on se plante. J’ai appris ça à mes dépens, un jour où j’avais mélangé les déciles et les centiles dans un rapport. La honte.

  1. Ordonnez les données : Prenez la distribution (salaires, niveaux de vie, etc.) et classez-la par ordre croissant, du plus petit au plus grand.
  2. Identifiez D1 : C’est la valeur en dessous de laquelle se situent 10% des effectifs. Autrement dit, le 10e percentile. Pour 100 personnes, c’est la 10e valeur la plus basse.
  3. Identifiez D9 : C’est la valeur en dessous de laquelle se situent 90% des effectifs, soit le 90e percentile. Pour 100 personnes, c’est la 90e valeur.
  4. Divisez : Rapport = D9 / D1.

Exemple fictif (parce que les exemples concrets, ça change tout) :

Imaginez une entreprise de 10 salariés. Leurs salaires nets mensuels sont : 1 500€, 1 600€, 1 700€, 1 800€, 1 900€, 2 000€, 2 200€, 2 500€, 3 000€, 4 500€. Ordonné, ça donne : 1 500, 1 600, 1 700, 1 800, 1 900, 2 000, 2 200, 2 500, 3 000, 4 500. Le premier décile (D1) est la première valeur : 1 500€. Le neuvième décile (D9) ? Comme on a 10 valeurs, c’est la 9e : 3 000€. Rapport = 3 000 / 1 500 = 2. Facile.

Mais attention : dans la réalité, on travaille sur des populations de milliers de personnes, et on utilise des outils statistiques ou des tableurs. Excel fait ça en deux clics avec la fonction PERCENTILE.

Quel pourcentage de la population gagne plus de 3 000 € ?

C’est une question qu’on me pose souvent. Et la réponse est éclairante. Selon l’Observatoire des inégalités, à 3 000€ net par mois, on se situe parmi les 25 % des salariés du privé les mieux rémunérés. Oui, vous avez bien lu. Gagner 3 000€, c’est être dans le quart supérieur.

Pour le top 10 %, il faut atteindre environ 4 350€. Et pour le 1 %, on parle de salaires à 5 chiffres.

Ces chiffres, je les ai vérifiés plusieurs fois. Ils cassent l’idée reçue que « tout le monde gagne 3 000€ ». Non. La moitié des salariés touchent moins de 2 200€ net par mois. Le rapport interdécile, justement, capture cet écart entre le bas et le haut de l’échelle.

Comment le rapport interdécile a-t-il évolué en France ?

Là, ça devient intéressant. Et un peu déprimant, il faut le dire.

Comment le rapport interdécile a-t-il évolué en France ?
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Si on regarde l’évolution sur les 30 dernières années, le rapport interdécile (basé sur les niveaux de vie moyens) est resté stable autour de 6 entre 1996 et 2004. Puis il a grimpé, dépassant 7 entre 2010 et 2012. Après une courte baisse, il a atteint 7,73 en 2024, le plus haut niveau jamais enregistré par l’Insee.

Je me souviens avoir vu ce chiffre pour la première fois. 7,73. Ça veut dire que les 10% les plus riches ont un niveau de vie moyen presque 8 fois plus élevé que les 10% les plus pauvres. Huit fois.

Et ce n’est pas tout. Les inégalités de revenus en France, après une baisse dans les années 1970 et 1980, repartent à la hausse depuis la fin des années 1990. En 2024, elles sont au plus haut depuis 30 ans. Le rapport interdécile est un thermomètre : il ne crée pas la fièvre, mais il la montre.

Les limites du rapport interdécile : pourquoi je ne me fie jamais à lui seul

Bon, j’ai dit que c’était un outil génial. Mais il a des défauts, et je serais malhonnête de ne pas les mentionner. Après des années à l’utiliser, voici ce que j’ai appris :

  • Il ignore les extrêmes : D1 ne regarde que le seuil des 10% les plus pauvres, pas le 1% le plus pauvre. Idem pour D9 et le 1% le plus riche. Les très gros patrimoines ou les minima sociaux passent à la trappe.
  • Il est aveugle au milieu : Les changements dans les déciles 2 à 8 (les 80% du milieu) ne l’affectent pas. Une amélioration massive pour la classe moyenne ? Le rapport ne bouge pas.
  • Il ne dit rien sur la redistribution : Le rapport avant impôts et prestations sociales est très différent de celui après redistribution. En France, la redistribution réduit considérablement les inégalités.

Un exemple ? Prenez deux pays : dans l’un, tout le monde gagne entre 1 000€ et 2 000€ ; dans l’autre, 500€ et 5 000€. Le rapport interdécile sera plus élevé dans le second. Mais si dans le premier, les 10% les plus riches gagnent 2 000€ et les 10% les plus pauvres 1 000€, le rapport est de 2. Dans le second, si les plus pauvres gagnent 500€ et les plus riches 5 000€, le rapport est de 10. Pourtant, la vie des pauvres du second pays peut être bien plus dure. Le rapport ne capture pas ça seul.

Rapport interdécile vs indice de Gini : lequel choisir ?

On me demande souvent lequel est le « meilleur ». Ma réponse : aucun. Ils sont complémentaires.

L’indice de Gini prend en compte toute la distribution, pas seulement les extrêmes. Il va de 0 (égalité parfaite) à 1 (inégalité maximale). Le rapport interdécile, lui, est plus simple, plus visuel. Mais moins précis.

Critère Rapport interdécile Indice de Gini
Ce qu’il mesure Écart entre D1 et D9 Distribution complète
Sensibilité aux extrêmes Faible Moyenne
Facilité d’interprétation Élevée Moyenne (abstrait)
Utilisation courante Inégalités de revenus Inégalités de revenus, patrimoine, etc.

Mon conseil : utilisez le rapport interdécile pour communiquer, l’indice de Gini pour analyser. Mais ne faites jamais l’un sans l’autre.

Comment interpréter les déciles ?

Revenons aux bases, parce que c’est là que beaucoup se plantent. L’Insee le dit clairement : si on ordonne une distribution de salaires, les déciles sont les valeurs qui la partagent en dix parties égales.

Comment interpréter les déciles ?
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  • D1 : le salaire en dessous duquel se situent 10% des salaires. Au-dessus : 90%.
  • D9 : le salaire en dessous duquel se situent 90% des salaires. Au-dessus : 10%.

Un exemple concret : si D1 = 1 500€ et D9 = 4 500€, cela signifie que 10% des salariés gagnent moins de 1 500€, et que 10% gagnent plus de 4 500€. Le rapport interdécile est de 3. Ça ne veut pas dire que les 10% les plus riches gagnent trois fois plus que les 10% les plus pauvres en moyenne — c’est une comparaison de seuils, pas de moyennes.

Attention : ne confondez pas décile et centile. Les centiles divisent en 100 parts, les déciles en 10. Le rapport interdécile utilise les déciles, mais on peut aussi calculer un rapport intercentile (P90/P10) pour plus de précision. Dans la pratique, le rapport interdécile suffit pour les grandes tendances.

Erreur courante : le rapport interdécile avant et après redistribution

J’ai vu trop d’articles confondre le rapport interdécile des salaires (avant impôts) et celui des niveaux de vie (après prestations sociales et impôts). Ce n’est pas la même chose. En France, la redistribution réduit le rapport interdécile de façon significative. Le rapport avant redistribution peut être de 4, après il tombe à 3. Ça montre l’efficacité du système, mais ça ne dit pas tout.

Mon conseil : précisez toujours si vous parlez de revenus primaires (salaires, revenus du capital) ou de niveaux de vie (après redistribution). C’est une distinction qui change tout.

Et si on regardait au-delà du chiffre ?

Le rapport interdécile est un outil. Un bon outil, même. Mais il ne remplace pas une réflexion sur ce qui cause les inégalités. Quand je vois un rapport interdécile de 7,73 en France, je ne me dis pas « ah, voilà le problème ». Je me dis : pourquoi ? Quelles politiques, quels mécanismes économiques, quelles fractures sociales se cachent derrière ce ratio ?

C’est là que le rapport prend tout son sens : non pas comme une réponse, mais comme une question. Une question qui mérite qu’on y réponde, collectivement. Et vous, où vous situez-vous sur cette échelle ?